Têtes parlantes.                              429
ses peuples et le bonheur de ses peuples f ait celui du Roi. En 1784, les têtes parlantes furent montrées de nouveau au public et voici en quels termes les Mémoires secrets s'expriment à ce propos : « 27 feptembre 1784. M. l'abbé Mical continue à montrer au public fés deux têtes parlantes, mais comme il n'eft pas intrigant, qu'il eft ifolé, fans parti formé, fans cabale, qu'il n'a pas foudoyé de preneurs, qu'il n'a pas capté la bienveillance des journaliftes, on a peu parlé de cette mécanique, l'admiration générale des phy-ficiens. En effet, quelque imparfaite que foit encore fa machine, celui-ci a réfolu le problème que depuis Archimède jufqu'à Vau-canfon l'on avoit jugé infoluble. Ces deux têtes font de grandeur naturelle, très-bien faites, elles font dorées, ce qui eft de très-mauvr.'s goût. On les voit à côté l'une de l'autre fur une efpèce de petit théâtre, au bas duquel eft à découvert le buffet de tous les relTorts qui les font mouvoir au moyen d'une manivelle. Dans les quatre phrafes qu'elles articulent fucceffivement et en imitant à l'extérieur le mouvement des lèvres, il eft des mots qu'elles ne prononcent pas parfaitement, des lettres qu'elles mangent en en­tier ; leur fon de voix eft rauque, leur articulation lente, et malgré tous ces défauts, elles en difent affez pour qu'on ne puiffe fe re-fufer à leur accorder le don de la parole.
Le pourtour de la fcène, qui fe paffe fous un riche baldaquin fupporté par quatre colonnes, eft très-décoré.
C'eft M. l'abbé Mical qui a travaillé de fés mains tous les dé­tails de fon fuperbe ouvrage. Il avoit autrefois compofé deux figures d'Annette et Lubin jouant de la flûte et pouvant exécuter pendant 24 heures de fuite des morceaux de mufique toujours variés; on lui a fait un fcrupule de ces figures nues, et contre l'ordinaire, ce favant mécanicien a brifé fon ouvrage, objet de fcandale. On en voit encore des débris au pied de fon nouveau fpectacle. »
(Journal de Parts, z" mai 1778. — Mémoires secrets, XXVI, 2S-)